Culture, courage, honneur et justice. Un intellectuel qui a fait les deux guerres, un juif patriote qui honore la France. Un destin qui donne encore de l'espoir dans l'homme. Lisez "L'étrange défaite", l'analyse de Marc Bloch de la défaite française en 1940 alors même que la guerre n'était pas terminée.
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1 Biographie2 Anecdotes3 Bibliographie4 Références et notes5 Voir aussi5.1 Ouvrages sur Marc Bloch5.2 Liens externesBiographie
Issu d'une famille
juive alsacienne, Marc Bloch était le fils de
Gustave Bloch, professeur d'histoire antique à l'université de
Lyon, lui-même fils d'un directeur d'école. Il fait des études secondaires brillantes à
Paris, au
lycée Louis-le-Grand puis entre à l'
École normale supérieure en
1904. Il est reçu à l'
agrégation d'histoire et de géographie en
1908. Il sait sortir du milieu universitaire parisien puisqu'il suit de
1908 à
1909 les cours des facultés de Berlin avant d'être pensionnaire à la
Fondation Thiers (1909-
1912).
Professeur de lycée (Montpellier puis Amiens) quand éclate la
Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme
sergent d'infanterie. Chef de
section, il termine le conflit avec le grade de
capitaine, dans les services de renseignement. Marc Bloch est cité quatre fois à l'ordre de l'armée et reçoit la
croix de guerre.
En
1919 il épouse Simone Vidal, fille d'un
polytechnicien dont la famille, depuis le XVIIIe siècle, était enracinée dans le
Comtat Venaissin et en Alsace, qui lui donne six enfants. La même année, il soutient une thèse de doctorat allégée, au propos déjà neuf, sur l'affranchissement des populations rurales de l'Ile-de-France au Moyen-Age : Rois et Serfs (
1920). Peu avant, Bloch avait été nommé professeur à la faculté de Strasbourg, nouvellement française, où ses qualités professorales et sa rigueur méthodologique représentent alors une vitrine prestigieuse pour l'université française. Il y rejoint des enseignants de premier ordre comme
Lucien Febvre,
André Piganiol, avec qui il noue des liens fructueux.
Bloch publie en
1924 son œuvre magistrale, Les Rois thaumaturges, où il expérimente avec audace une méthode comparatiste empruntée aux maîtres de linguistique (il parle lui même une dizaine de langues). En
1931, son ouvrage le plus maîtrisé, Les Caractères originaux de l'histoire rurale française, innove une fois encore car il présente une interdisciplinarité peu courante à cette époque (botanique, démographie, etc.) pour mieux comprendre l'évolution des structures agraires de l'Occident médiéval et moderne. En
1928, Marc Bloch introduit sa candidature au
Collège de France et propose d'enseigner une « histoire comparée des sociétés européennes ». Malheureusement ce projet échoue. Il retentera sa chance en
1934-
1935, mais avec le même résultat.
Bloch participe en
1929, avec le « groupe strasbourgeois » dont Lucien Febvre, à la fondation des Annales d’histoire économique et sociale dont le titre est déjà en lui-même une rupture avec « l’histoire historisante », triomphante en France depuis l'école
positiviste. Bloch y publie jusqu'à la guerre d'importants articles mais surtout de brillantes notes de lecture dont l'impact méthodologique s'est fait encore sentir après sa mort et jusqu'à aujourd'hui.
Succédant à
Henri Hauser à la
Sorbonne en
1936 (chaire d'histoire économique), la guerre le surprend à la plénitude de sa carrière et de ses recherches. Mobilisé, il voit de très près le naufrage de la
IIIe République. Bloch tirera de cet événement majeur, qui a bouleversé sa vie, un livre posthume, essai d'histoire immédiate, L’Étrange défaite (publié en
1946), qui reste un témoignage lucide et pénétrant sur les insuffisances des
élites qui sombrent en mai
1940. Malgré son âge, il a 53 ans, une
polyarthrite invalidante et une famille nombreuse, il a demandé à combattre, se déclarant lui-même « le plus vieux capitaine de l’armée française ». Affecté au service des essences, il refuse de suivre les cours de l’École de guerre, ce qui lui interdit toute future promotion.
Après la
Campagne de France, exclu de la fonction publique comme
juif par le
gouvernement de Vichy en octobre
1940, il y est rétabli pour services exceptionnels par le ministre
Jérôme Carcopino, ancien élève de son père, et nommé à la Faculté de Strasbourg repliée à
Clermont-Ferrand. Il y continue ses recherches dans des conditions de vie très difficiles et en proie aux pires inquiétudes. Du fait de la santé de sa femme, il demande et obtient une mutation à
Montpellier en
1941.
C'est dans la maison qu'il possédait au hameau de Fougères, commune du
Bourg-d'Hem (
Creuse) qu'il rédigea son témoignage sur les causes de la défaite française en 1940 : L'étrange défaite.
Il entre dans la clandestinité à la fin de
1942 quand les Allemands envahissent la
zone libre. Réfugié dans la Creuse, Bloch rédige alors, sans documents et dans des conditions difficiles, son
Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (publié en
1949 par les soins de
Lucien Febvre), dans lequel il résume avec brio les exigences singulières du métier d'historien.
En
1943, après l'invasion de la zone Sud qui ne le laisse en sécurité nulle part, il s'engage dans la
Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein de
Franc-Tireur, puis dans les MUR (
Mouvements unis de la Résistance). Il est arrêté à
Lyon le
8 mars 1944 par la
Gestapo, torturé, et meurt fusillé le
16 juin. Il se serait écroulé en s'écriant : « Vive la France ! » Par la suite, ses cendres ont été rapportées dans le cimetière du
Bourg-d'Hem.
Marc Bloch, moins polémique que son aîné
Lucien Febvre, rejoint cependant celui-ci par la rigueur de ses analyses et sa volonté d'ouvrir le champ de l'histoire aux autres disciplines scientifiques. De plus, sa contribution à l‘
histoire médiévale, par la variété de ses sources et la rigueur de son analyse, reste encore aujourd'hui largement utilisée par les chercheurs.
À l'instar de ses collègues de l’
École des Annales, Marc Bloch suggère de ne pas utiliser exclusivement les documents écrits et de recourir à d’autres matériaux,
artistiques,
archéologiques,
numismatiques… Plus qu’aucun autre responsable des Annales, il s’oriente vers l’analyse des
faits économiques. Également partisan d’une unicité des
sciences de l’homme, il cherchera un recours permanent à la méthode comparative, favorisera la pluridisciplinarité et le travail collectif chez les historiens.